La semaine passée, pendant trois jours, c’était le carnaval culturel de Valparaiso. Alors on en a pris plein les mirettes, plein les tympans et plein la tête. Des décibels de couleurs et de fiesta !

Du coup, dès vendredi soir on s’est fait trainer par nos potes chiliens à travers des mètres et des mètres de foule en liesse, de cotillons, de trapézistes et de vendeurs à la sauvette. Pendant le carnaval, un bon nombre d’interdictions en vigueur toute l’année s’effacent discrètement pour laisser place à une certaine tolérance officieuse. Par exemple, tous plein de chiliens trinquent dans la rue, ce qui en temps normal reste impensable.

El pueblo, unido, jamàs serà vencido!

Les deux premiers soirs, la plaza Parque Italia, littéralement bondée, évoluait au rythme des chants traditionnels, politiques, nationaux et communistes. Faut dire que dans cette ville, le nouveau président de droite, élu mi janvier, est loin de faire l’unanimité.

Après les 20 ans de présidence à gauche qui ont suivis la dictature de Pinochet (1973-1990), les chiliens ont penché pour… le leader conservateur Sebastian Pinera, multimillionnaire, à la tête de bon nombre d’entreprises et détenteur, entre autre, d’une chaine de télévision privée, d’une équipe de football, d’une compagnie aérienne… Taxé de “Berlusconni chilien” par ses opposants, il semble que son coeur penche sans hésitation vers la privatisation de ressources naturelles et de certains services publics et qu’il ne soit pas réticent à accepter au sein du gouvernement d’anciens conseillers économiques en exercice sous la dictature militaire de Pinochet. Ce qui effraie bon nombre de Chiliens.

Donc, entre deux chants coco, c’est au rythme de slogans anti Pinera que vibrait la foule à Valparaiso. Avant de se déhancher le dimanche soir sur des musiques plus dansantes, histoire de rire aussi, quand même un peu.

Le pasacalle (defilé du carnaval)

monstrevalpo.jpgPuis dans la journée du dimanche, alors que la moitié de la ville -des ptits vieux au très jeunes- était de sortie, se sont élancés dans les rues des centaines de drôles de personnages.
Des très grands, perchés sur des échasses et rehaussés d’énormes têtes.
Des colorés, suspendus sur des chars reconvertis en étalages de fruits.
Des chats, des rats, des oiseaux, des taureaux, des papillons et des drôles de trucs avec des bretelles.
Des danseurs traditionnels ou de hip hop.
Des attichés de tambours marchant au son de la batukada.
Des clowns, des pantins, des monstres.
Des vêtus en indiens Mapuche, violemment poursuivis par d’autres déguisés en colons ou en missionnaires.
Des recouverts d’objets des fonds des grenier : vieilles poupées, sacs à main poussiéreux, fil à linge.
Des ailés zélés.
Des chiliens, des colombiens, des argentins, des mexicains. Des martiens.
Une effervescence de créatures tout droits sorties de l’imaginaire, ou inspirées du réel.

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C’est fou cette ambiance. Certains anthropologues parlent de la fonction sociale du carnaval, un temps qui permet à la population de souffler: tout est permis, on peut jouer à être ce qu’on ne peut être dans sa vie, changer son statut l’espace d’un soir. Des jeunes déguisés en vieux, des pauvres en riches, des hommes en femmes, des contemporains en héros de l’histoire, des êtres humains en animaux…
En tout cas, pendant ces trois jours, ya dans l’air comme une odeur de liberté totale, de partage, de rire et de folie.
Encore! Encore! Encore !

Lucie.