Ne sachant pas trop par ou commencer le récit de nos découvertes quotidiennes, tellement il y en aurait à dire… M’suis dit, bon, remontons à la source, et commençons par… Les mots. Autre monde, autres cultures, autres codes, autre langages.

Tout d’abord, cette ville est un véritable creuset éthnique. Dans les boutiques, ca tchatche espagnol, puis le vendeur te salue en anglais, tu passes ta commande en français…

Mais de loin, c’est bien sur le québécois qui nous étonne et nous laisse coi… Quoi ? Pouvez répéter la question siouplet ?

D’abord, l’accent lô !

D’après le phonéticien J. F. Gendron (allez, un peu de culture !), l’accent québécois était encore identique à l’accent parisien jusqu’au XIXe siècle. Du moins à celui du peuple parisien. Mais la révolution française, marquée par l’arrivée en force de la bourgeoisie, sera politique et linguistique. Cette classe sociale revalorisée imposera peu à peu son propre parler, considéré comme plus prestigieux, lequel deviendra, au fil des ans, la référence, en France.

N’empêche que même si pour l’idéal linguistique français le québécois est sensé sonner “paysan” ou “populaire”, moi je trouve cet accent vraiment sympathique. Un peu à l’image des québécois, en fait, qui ne s’embarrassent pas trop de belles manières, de bla bla et de minauderie. Dans la modestie, la simplicité et la proximité.

Ensuite, bien sur, le vocabulaire très chers

Les québecois semblent très attachés à leur langue maternelle, soit le français. D’ailleurs, au Québec, la “loi 101″ impose que presque tout (de l’administratif au produit de consommation) soit traduit en français.

En bref, on commande un trio avec une croustade et surtout pas un burger avec un crumble, on parle de barre oblique plutot que de slash, on fait du magasinage et pas du shopping…

En même temps, la culture nord américaine est omniprésente dans le coin, à Montréal presque tout le monde est parfaitement bilingue. American way of life, American way of speach.

Du coup, ben, on voit des ligne up (queue) devant les magasins, on va au party (la fête), on écoute des tounes (tunes, chansons), on se french (french kiss, rouler un patin), et j’en passe….

Et puis les expressions !

Et puis, bien sur, comme partout, chaque région possède ses propres expressions, et celles d’icitte, sont juste… fantastiques.

Avoir la craque (ou les joes) à l’air : soit, le décolleté en vue. Faire la baboune, c’est à dire bouder. Avoir les yeux dans la graisse de bines, être distrait. Avoir la fale basse, être triste. Péter d’la broue, se vanter. Et la mieux : s’pacter la fraise, ou sp’éter la coche, boire des coups.

Au final, mélangez une pincée de français, une bonne louche d’expressions spécial québec, ajoutez y une once d’english, vous obtenez un déroutant mais savoureux mix linguistiques, du genre :

L’autre jour en voiture, avec deux québécois

  • Décrisse toé d’icitte, tabarnac ! Prend toutte drette, ya comme trop d’esti d’char lô ! Pi faut qu’on gaze !
  • Dis, lô, si t’arrête pô pitoute de niaiser lô, pi d’chialer d’même, c’est toi qui chauffe !
  • Pars d’ici ! Prend tout droit, ya trop d’voiture là ! Puis faut qu’on remette de l’essence !
  • Dis, si t’arrete pas de parler, puis de te plaindre comme ça là, c’est toi qui conduit !

Au boulot (à la job)

Ça m’arrive d’être paumée, quand on me demande de vider les cabarets pour loader la machine, attention j’ai paerdu une spoon lo, pi d’pogner les avocados avec sarandrap tantôt, pour les maaettre au frette. Ou qu’on me dit dans un sourire qu’esti, toasté d’même, mon sandwich l’est comme écoeurant.

Vider les plateaux pour remplir la machine, attention, j’ai perdu une cuillère, puis après d’mettre les avocats dans du papier sulfurisé, pour les mettre au frais. Grillé comme ça, mon sandwich est délicieux.

Et en effet, certains mots peuvent porter à confusion, voire déboucher sur des quiproquos.

Petit abécédaire sexuel… (ou pas !)

Ne jamais demander à un québécois combien il à de gosses, ce serait trop poche (moche). Les gosses, c’est les couilles ici. Eviter aussi, j’en déduit, le “salut, beau gosse”.

Savoir aussi que quand l’instit conseille à ses élèves de bien s’asseoir sur leur foufounes, pas de problème, il s’agit des fesses. Idem quand une nana commente les fouf’s du chum qui passe.

La bibite qui s’agite sur le plancher n’est rien d’autre qu’une bestiole, tout va bien.

Et pi, un joli mot digne des matous, on dit se minoucher pour se “caresser”.

Sur ce, j’men vais ranger mes gougounes (tongs) et pogner ma tuque (bonnet), pour affronter l‘osti d’câlice de sacrament, d’saint ciboire de tabarnouche d’hiver, qui m’colle la guédille au nez ! ( on se passera de traduction).

Lucie.