Nos premiers pas dans Montréal nous ont menés à la découverte de murs, de trottoirs, de fissures nichées entre deux immeubles, de salles d’expo, de bouquins enfouis dans les recoins de la bibliothèque nationale… Le récit en photos et en quelques mots.

Un aperçu de l’art urbain à Montréal

Comme dans de nombreuses grandes villes du monde, à Montréal, les graffs ne sont pas tolérés, considérés comme illégaux, réprimés. Comme dans de nombreuses grandes villes du monde, cela ne suffit apparemment pas à enrayer le phénomène et de nouvelles affiches, pochoirs, fresques, stickers apparaissent puis disparaissent furtivement, effacés par les services de nettoyage ou recouverts par de nouveaux graffs.

Le “street art” de Montréal est l’oeuvre d’artistes de tous les horizons, à l’image de la population de cette ville. Identité double, nord-américaine et francophone. Terre d’accueil d’immigrés de tous bords (plus de 200 origines ethniques différentes recensées au Canada en 2006 selon statistique Canada). Un exemple, l’artiste El Seed mêle le graff et la calligraphie arabe dans ses oeuvres urbaines.

D’après J. Demers, J. Lamebert, L. Mc Murrey, auteurs de l’ouvrage Montréal graffiti, Publié en 1987, les thématiques “qui circulent dans les marges du grand texte Montréalais“, seraient :

l’amour évidemment, la vie, la mort, la condition des femmes, le lait français, les problèmes de l’immigré, le nucléaire, le terrorisme, la guerre, le racisme, le chômage, la politique internationale, etc. Le graffiti également, la poésie.

Ce bouquin remonte à quelques années, disons que je n’ai rien vu sur le lait français, mais c’est toujours en partie d’actualité, notamment concernant les droits des immigrés et la place des femmes dans la société.

Entre les affiches, les enseignes publicitaires, le code de la circulation, les écrits se multiplient à Montréal, ils accrochent le regard à en étourdir les passants. Véritable jungle urbaine à laquelle viennent s’ajouter les lignes, lettrages et couleurs du “street art” local. Nos excursions urbaines, appareil photo en main, en laissent entrevoir un aperçu. Pour ceux qui préfèrent la vidéo et pour savourer l’accent québécois, voici un court documentaire de “Sem Mathieu. CLARA asbl” réalisé en 2007.

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Art urbain, politique de la ville et société civile

Si la pratique du graff est peu tolérée par la ville, des murs ont néanmoins été dédiés aux graffeurs les plus connus pour laisser libre cours à leur art. En effet, en se baladant, on découvre de grandes fresques, qui de toute évidence, ont été autorisées, ou au moins officieusement acceptées. La rue Sainte Catherine, entre le quartier gay, les magasins de piercing et de tatouage, bref, un quartier “alternatif”, en est partiellement couverte. D’après des protagonistes du monde du “street art”, la ville de Montréal et son maire Gérald Tremblay seraient encore bien loin des villes voisines de Gatineau et Québec, dont la politique est nettement plus ouverte à l’art urbain (22 murs autorisés y seraient consacrés à Gatineau).

Ces “contrats” entre la ville et les graffeurs sont apparemment le fruit du travail du monde associatif (les “organismes communautaires” sont nombreux et actifs au Québec). Il s’agit le plus souvent de travailleurs sociaux et d’organisme non lucratif, oscillant entre reconnaissance des cultures urbaines, animation de quartier et insertion des jeunes. A l’instar du “café graffiti” qui depuis 1997 s’est donné la mission de “canaliser positivement l’art et la passion des jeunes graffiteurs “.

Cela se traduit alors par l’allocation de murs pour les graffeurs, la création d’un atelier de graff, des expos, des festivals culture urbaine, hip hop et graff comme “Under Pressure”, des rencontres entre graffeurs et responsables politiques ou entre graffeurs et habitants (un documentaire à ce sujet, réalisé en 2008 à Notre Dame de Grace, un quartier de Montréal, dirigé par Tandem Montréal ). Mais aussi, par des contrats passés avec des festivals et différentes entreprises, allant du Cirque Du Soleil aux grands magasins de vetement ; assez étonnant.

L’art urbain est-il toujours digne de ce nom lorsqu’il sort de la rue et se légalise ? L’art est-il un produit commercial comme d’autres ? Si non, quelle reconnaissance et comment les artistes peuvent-ils en vivre ? Des problématiques autour desquelles gravite évidemment ces expressions artistiques urbaines.

Et peut être, au prochain épisode, l’exploration des friches urbaines sous la neige, qui recèlent de graffs et dessins…

Lucie.