BUENOS AIRES : PETITE HISTOIRE DE MURS ET DE GRAFFITIS BUENOS AIRES : PETITE HISTOIRE DE MURS ET DE GRAFFITIS
Forte d’une tradition d’expression militante et populaire présente depuis des années, la ville de Buenos Aires accueille un nombre impressionnant d’interventions urbaines, évoluant au rythme des époques. Jusqu’à récemment, les graffitis argentins étaient essentiellement constitués de mots, des mots que décortique et analyse Claudia Kozak, prof de lettre à l’Université de Buenos Aires.
Les courants les plus connus dans l’histoire de l’art urbain, (graffiti New-Yorkais des années 70, slogans des mouvements de mai 68), n’arrivent pas en Argentine avant les années 80-90. En parallèle se développe une multitude d’expressions propres au continent ibéro-américain, propre à l’Argentine.
Une longue tradition de peintures politiques en Argentine
Les campagnes de communication des partis politiques
En Argentine et plus généralement sur le continent Sud américain, on trouve depuis des décennies les “pintadas politicas” produites par les partis politiques comme moyen de communication, toujours plus nombreuses en période de campagne électorale, du type “votez Perron” écrit en grosses lettres majuscules sur les murs. Si ces slogans politiques s’éloignent à nombreux égards de l’art urbain, ils cohabitent avec et en sont en quelque sorte, le “modèle historique” selon Claudia Kozak.
Une expression politique urbaine développée
De manière générale et plus qu’ailleurs, les revendications politiques occupent une large place sur les murs argentins, dans ce pays qui traversa de nombreuses périodes de crises et où les gens sont relativement politisés. Des expressions qui s’étendent de la mythique phrase de l’argentin Sarmiento, “on ne tue point les idées”, qu’il écrit en 1840 sur le chemin de son exil, aux plus récentes “escraches”, manifestations artistiques (théâtrales, picturales, etc.) réalisées devant la demeure de quelqu’un que l’on veut dénoncer publiquement, (pratiquée par exemple par le collectif H.I.J.O.S pour dénoncer les responsables impunis de la dictature argentine).
Des graffitis d’intérieur et d’extérieur
Toilettes publiques, prisons, écoles
Les espaces publics argentins sont depuis longtemps des lieux privilégiés de publicité des partis politiques donc, mais aussi bien sur des individus, des personnes issues de la “société civile”. D’après les recherches de Claudia Kozak sur les “espaces publics fermés” argentins, les graffitis de toilettes publiques parlent principalement de sexe, foot et philosophie, on trouve dans les écoles des message évoquant les thématiques de l’amour, du sexe, de la religion, de la musique, du foot, et plus récemment des insultes interpersonnelles. Dans les prisons, ils s’agirait surtout de messages à caractère religieux, littéraires ou poétiques, tombant parfois dans les clichés . Mais ce qui nous intéresse surtout ici, ce sont les graffitis “d’extérieur”.
Des évolutions de l’art urbain révélatrices de leur temps
Aux lendemains de la dictature, les inscriptions poético-politiques
Suite au retour de la démocratie argentine (après une succession de régimes militaires dictatoriaux entre 1976 et 1983) les graffitis de type “ludico-politico-poétiques” prolifèrent. Ils sont largement inspirés du Mai 68 français ou encore du dadaïsme et du situationisme. Ainsi l’on rencontre sur les murs de la capitale des messages tels que: “queda strictamente prohibido prohibir” (il est strictement interdit d’interdire), “la iglesia es tan buen negocio que tiene un sucursal en cada barrio” (l’église est un commerce tellement fructueux qu’elle a une succursale dans chaque quartier), “es necessario que no dejes de sonar” (il est nécessaire que tu continues à rêver), “la masturbacion produce amnesia y no me acuerdo que mas” (la masturbation produit de l’amnésie et je ne me souviens plus quoi d’autre).
Graffitis “de firmas” ou de “bandas de rock”
A partir de la fin des années 80 jusqu’à nos jours, vont peu à peu s’ajouter à ces premiers graffitis des signatures effectuées par des groupes de théâtre, de musique ou des individus. Les groupes de rock argentins recourent en effet très souvent aux pochoirs ou graffitis en inscrivant leurs noms sur les murs, moyen de communication alternative pour se faire connaître, une pratique que l’on retrouve très peu dans les pays européens par exemple.
Les années 90, graffiti “territoire” des bandes
Dès les années 95 se multiplient les graffitis “de foot” (inscription du nom d’une équipe, insultes à l’équipe opposée) qui nous révèlent à quel point la culture du football est importante dans ce pays. Apparaissent également ceux de bandes, puis ceux en mémoire d’un ami mort dans la rue, qui, d’après l’auteur, soulignent de nouveaux contextes d’appauvrissement et d’insécurité.
La récente influence du mouvement du graffiti New-yorkais
C’est aussi au milieu des années 90 que les graffitis du mouvement hip-hop américain arrivent en Argentine, marquant ensuite le développement de toute une génération d’artistes et le passage progressif des mots aux images. Lettres en 3D, dessins, personnages, recouvrent petit à petit les rues.
Les pochoirs vont alors émerger, avec un gros boom en 2001, lors de la crise économique qui paralyse le pays et cristallise la colère des argentins. La prolifération des pochoirs constitue, de toute évidence, l’une des spécificités du graffiti argentin, (le prochain article leur sera consacré). L’auteur explique aussi que dernièrement viennent s’ajouter à cette profusion urbaine des “munecos”, (poupées ou bonshommes) colorés, correspondant à une estétique et des milieux proches du graphisme et du design.
Pour conclure donc, le graffiti argentin à longtemps pu être caractérisé par un contenu éminemment politisé, même si, comme le souligne l’auteur, la privatisation de la sphère publique amène des messages toujours plus personnels sur les murs. Un graffiti de lettres et de mots avant tout, peu à peu rejoint par l’image.
Pour en savoir plus
Un, deux, trois artistes…
La créativité argentine actuelle est impressionnante, d’une belle qualité et d’une vaste diversité. Voici quelques noms d’artistes, Pum pum, Triangulo Dorado, Jazz, Mart, Ever, Ice, Gualicho, Kid Gaucho, Chu, Doma, Nerf.
En réservant les auteurs de pochoirs au prochain article.




Et pour bouquiner
- Contra la pared, sobre graffitis, pintadas y otras intervenciones urbanas, Claudia Kozak.
- Graffiti Argentina de Maximiliano Ruiz
.
Lucie.
Par christine
Le 01/06/2010
entre les plages, les loups des mers et des murs de votre voyage; c'est un délice
bon vent au Brésil; bises