SANTIAGO GRAFFITISANTIAGO GRAFFITI

Difficile à Santiago comme ailleurs de distinguer une certaine unité, de cerner une identité chilienne en matière de graffiti. Elle est la synthèse d’inspirations multiples, empruntées à l’histoire muraliste du pays, nourries par des influences étrangères. Cependant, s’il est une caractéristique propre à la scène du street art chilien, c’est sans doute dans l’intensité de l’activité et la qualité des productions qu’elle réside.
L’art Urbain au Chili : une étourdissante variété
Des thèmes et techniques multiples
A Santiago en effet, se chevauchent d’immense personnages oniriques, des tags, des collages de morceaux de journaux, des monstres en noir et blanc, des dessins à la peinture au latex et incrustés de bris de miroir. Des graffitis “wildstyle” (1), quelques messages sur la lutte des indiens Mapuche, des pochoirs de bicyclettes sur les grandes artères, un bon nombre d’organes humains…
Des styles et origines sociales diverses
Comme le souligne avec justesse Sebastian Cuevas, graffeur et directeur de la première gallerie d’art urbain à Santiago, il n’existe pas de fil conducteur, de ligne graphique propre à la capitale, ou plus largement, au “street art” chilien. Divers styles et les travaux de plusieurs générations de graffeurs coexistent sur les murs. Des styles qui d’ailleurs se déclinent différemment dans le centre de la ville et en périphérie. Le profil des graffeurs recouvre également une grande diversité. Issus de toutes les classes sociales, d’après Sebastian, “l’unique dénominateur commun entre ces derniers réside alors dans l’acte de peindre dans la rue“. Et pourtant, semble-t-il, certaines sources d’inspiration sont plus souvent citées que d’autres par les graffeurs chiliens.
Quelques inspirations majeures
La tradition muraliste chilienne
En premier lieu, grand nombre de “grafiteros” évoquent les travaux des brigades muralistes chiliennes. Alors que le muralisme mexicain tranchait avec l’art mural élitiste ou religieux de la Renaissance, en adoptant une fonction sociale, le muralisme chilien ira plus loin encore, puisque ce ne sont plus des artistes, mais le peuple directement qui se met à peindre les murs. Il est l’oeuvre de paysans, d’ouvriers, de militants du parti communiste qui tentent ainsi de transmettre leurs idéaux.
Actifs au début des années 1970 sous la présidence de Salvador Allende, les muralistes continuent à peindre illicitement durant la dictature d’Augusto Pinochet (1973-1990), allant jusqu’à enseigner comment utiliser une arme ou fabriquer un cocktail molotov, par le biais des murales. Leurs peintures arborent des couleurs vives et sont caractérisées par les épais traits noirs qui viennent encadrer des formes rondes, parfois même géométriques.
L’arrivée du hip hop et l’ouverture vers l’extérieur
Aux lendemains de la dictature, alors que “la démocratie renait avec une lenteur désespérante“, que “le respect de la loi prime sur le respect de la justice“, l’activité artistique urbaine demeure en suspens (2). Peu à peu, au fil des années 90, les muralistes sont remplacés par la tribu hip hop. Plus sceptiques que leurs précédents quand au futur, c’est plus un droit à l’existence, une reconnaissance personnelle qu’une idéologie que revendiquent les jeunes à travers l’acte de peindre. Les expatriés reviennent, ramenant avec eux des influences états-uniennes, européennes. Après des années de censure et d’expression réprimée, la jeunesse se réempare petit à petit des murs. Puis au fur et à mesure que s’étoffe la scène artistique chilienne, des échanges avec des graffeurs brésiliens se développent. Ainsi, d’après Sebastian, la venue à plusieurs reprise des célébres Os Gemeos demeure pour l’ensemble de la scene chilienne une influence primordiale. Avec de nombreux personnages colorés, très oniriques, peints au latex et proches de l’estetique des illustrations pour enfants.
D’apparents traits caractéristiques
Un art urbain plus poétique que politique
Spécificité marquante d’une large part du graffiti chilien, il s’est en majorité émancipé de toute forme d’idéologie, et parfois même de toute forme d’engagement. Alors que dans la voisine Argentine par exemple, l’essentiel de l’art urbain semble revendicatif, ou étroitement lié aux milieux alternatifs. Cette caractéristique chilienne révèle d’une part un certain désintéressement, ou désillusionnement des jeunes pour la politique. Mais surtout, elle montre combien il est compliqué de parler de politique au Chili tant la société reste divisée.
Un style très “manuel”
En se penchant de plus près sur le style graphique, Sebastian a récemment découvert une caractéristique qui lui semble concerner la majorité des oeuvres urbaines chiliennes. Elles conserveraient, d’après lui, un aspect tres manuel, artisanal. Peu de recherche de traits parfaits, peu de travail en série. Un bricolage et un travail minutieux, artistique. D’où, sans doute aussi, l’éblouissante qualité du “street art” chilien, avec des oeuvres uniques. Qui en font, comme l’aiment à rapeller les chiliens, l’un des pays du continent sud américain les plus intéressant en matière de graffiti, à la hauteur du Brésil.
Pour en savoir plus…
Parmis les artistes les plus connus : Cekis, Aislap, Saile, HES, Vazko, Jehkse, Inti, le collectif KiltrV, LRM, DEES etc.
A voir, si vous êtes a Santiago : Galeria BOMB, Bombero Núñez #274, Quartier Bellavista.
A voir, depuis chez vous, “Chile Estyle” de Pablo Aravena : un beau documentaire avec de rapides interviews des artistes les plus connus au Chili, qui cherche également à saisir l’identité chilienne
(1) Wildstyle : réalisation complexe de lettres entremêlées, plus d’informations sur Wikipedia (en anglais)
(2) Santiago stencil, E campos, A. Miller, 2008, p13.
Lucie.





Par Christine
Le 25/04/2010
Ces peintures sont de véritables tableaux,une écriture unique, colorée pleine d'expressions et d'histoires. Que la diversité du monde est belle !!Beau voyage