Rencontre avec Juan Pez, jeune illustrateur argentin de Buenos Aires et graffeur à ses heures. Un auteur à l’image de beaucoup d’argentins, créatif, polyvalent tout en restant modeste et surtout bien sympa. Les traits fins de ses dessins et l’univers farfelu qu’il développe nous ont amené à lui poser quelques questions.

Pour commencer, peux-tu me parler un peu de toi et de ton parcours ?

Je dessine depuis très jeune, j’ai toujours créé des personnages étranges, avec des histoires tordues derrière (mes parents, à chaque fois me disaient, “dessine un truc normal !”). Il y a 3 ans, j’ai decidé de porter plus d’attention à mon travail et maintenant je peux dire que j’ai un style mieux défini avec lequel je travail constamment.

Dès que je peux, je dessine (pour moi ou en tant que freelance). C’est quelque chose qui me coupe de tout. D’abord je me déguise en scarabée et ensuite je prends un stylo ! En ce moment je vois que je suis en train de créer peu à peu un petit monde, chaque habitant représente un truc de ma personnalité ou de mon passé.

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Comment décrirais-tu ton travail, ton style graphique ? Quelles sont tes inspirations ?

Des triangles creux en guise de narines, des bonhommes déguisés en brebis, des bulles de colère noire, des montagnes vivantes, des étincelles et des cubes flottants…

juan pez dessinsJe me considère comme un illustrateur, mais je peins aussi dans la rue. J’utilise des crayons, des pinceaux, je fais des taches de café à partir desquelles je peins, de l’aquarelle, de l’acrylique ou l’ordinateur…

La musique m’inspire, mon travail part des BDs et des dessins animés comme Ren et Stimpy. L’italien Blu et les deux francais Havec et Specio, de grands artistes, sont ceux qui m’ont donné l’envie de me remettre à dessiner, de m’améliorer et d’essayer d’autre supports comme le mur.

Tu fais autant du graphisme, des bandes dessinées, des stickers que des esquisses dans des cahiers, tu peins même dans la rue; comment choisis tu chaque support et y en a-t-il un que tu préfères ?

Tout dépend de quel pied je me lève le matin, de la situation et des envies… puis des fois, du travail qu’on me demande. Ca me plait beaucoup, chacun m’apporte quelque chose de différent.

juan pez stickersLe papier te donne l’avantage d’effacer et de continuer, c’est bien. Peindre dans la rue c’est complètement différent, c’est plus comme un défi (et je ne fait pas d’esquisses, par exemple). T’es en contact avec les gens qui donnent leur avis et/ou critiquent au fur et à mesure que tu crées. C’est un truc instantané. Le fait que se soit illégal aussi, ça apporte d’autres choses. Des fois c’est la police qui passe ou une voisine agressive, tout comme ça peut être quelqu’un qui te prépare un truc à manger ou te file de la peinture. Tout ça fait partie du jeu.

A partir de quand et pourquoi as-tu commencé à peindre dans la rue ? Quel sens ça a pour toi ?

Apen + Jwana + Juan Pez buenos airesJ’ai commencé en 2002, dans ma ville d’enfance, on s’appellait 86 UEIAs (chaque voyelle vient du nom de famille d’un des membres et le 86 c’est la date de naissance de chacun). A cette période, le pochoir était une des techniques les plus utilisées et on trouvait ça marrant d’essayer. On laissait des messages et des avis qu’on partageait contre la musique commerciale, la télé et la politique. Op Hop + Juan PezAvec le temps, chacun de nous a continué dans une autre branche artistique et le groupe s’est dissous.

Quelques années sont passées jusqu’à ce que je découvre ce style d’art urbain (ça fait 2 ans). C’était un truc qui m’attirait énormément et dont j’avais peur à la fois. Peur parce que c’est illégal et que tu peux te faire chopper par la police (c’était pareil avec le stencil, mais c’est plus rapide à faire). Puis peur parce que le fait de faire une erreur sur un mur, je savais qu’une fois que t’as peint, tu ne peux pas revenir en arrière. Mais un jour Op hop m’a contacté (mon ‘compagnon de mur’ actuel), via flickr, pour peindre ensemble et de là tout a commencé.

Actuellement on est un groupe de 12 personnes (Apen, Luna, Jwana, Op Hop, Caruchoix, Luke, Teko, Dudü, Bom-va, Ouchi, Gaia). La plupart du temps on essaye de faire en sorte que chaque peinture soit unifiée, chacun avec son message, ses personnages et son propre style.

Juan Pez + Op Hop argentine J’aime bien l’idée d’altérer l’endroit dans lequel tu passes au quotidien, tu marches et tu t’arrêtes en voyant quelque chose de nouveau. T’observes, tu comprends ou pas le message et tu continues ton chemin, touché, de quelque manière que ce soit, par ce que t’as vu.

Quelque chose a ajouter ?

Ouais, quand je disais que je me déguise en scarabée, c’était métaphorique…

Pour aller plus loin…

Lucie et Clément.