SHIKO TAKS, WILD STYLE à SANTIAGOSHIKO TAKS, WILD STYLE à SANTIAGO
En février dernier, on croisait par hasard Angelo en train de graffer le mur de l’une des rues les plus passantes du centre ville à Santiago du Chili, en plein jour, les mains couvertes de peinture. Ce jeune chilien de 23 ans peint sous le nom de Shiko Taks, en “wild style” (littéralement : style sauvage). Un graffiti à base de lettres en volume, l’une des branches originelle du graff, issue de la mouvance hip hop américaine.
Une rencontre inopinée mais humainement très forte avec ce petit gars adorable et maître en la matière. Voici des bribes de nos échanges, enregistrées le temps d’un interview.
En quelques mots, que représente le graffiti pour toi ?
Pour moi, en dehors d’une expression artistique qui peut être interprétée de différentes manières, le graffiti représente une forme de vie, un style unique de la rue, sans lois ni règlements. C’est une manière de sortir du quotidien ou simplement de penser que je peux faire quelque chose que tout le monde ne peut faire ni comprendre. C’est pour ça que c’est aussi important pour moi.
Peux-tu me parler de ton parcours dans le monde du graffiti ?
Le graffiti arrive dans ma vie en 1997, quand j’étais seulement un gamin de 10 ans. (…)
C’est avec un pote de l’école que j’ai vu pour la première fois une revue de graffiti, sans y comprendre grand chose… Ca ma beaucoup marqué. Je me souviens que je l’ai vu une fois puis une autre et je crois que c’est à partir de là que le graffiti s’est embarqué dans ma vie de manière permanente. Je me rappelle que dans cette revue il y avait un graffiti d’OS Gemeos du Brésil, et je l’avais dessiné sur mon cartable ! Et à partir de là, avec mes potes on s’est dédié au graffiti. Au début on ne faisait que taguer tout ce qui était à notre portée (…), puis une forme de fraternité s’est créée et on sortait toujours ensemble taguer. Je me souviens mon premier nom de graffeur c’était “Prosen”, en 1997. Mon pote mettait Astérix et un an plus tard, j’ai changé de Prosen à Obélix, puis on faisait un duo.
Après, avec le temps, on a suivis des chemins différents et moi j’ai commencé à m’investir seul dans le monde du graffiti, cette fois avec le nom de “Taks” que j’ai gardé jusqu’aujourd’hui avec “Shiko Taks”. Puis j’ai réussi à connaitre de mieux en mieux ce monde, en passant par différentes scènes du graffiti national au Chili.
Comment décrirais-tu ton style graphique ? Quelles sont tes influences ?
Mon style peut être décrit comme du Wild style, ou sauvage. J’adore les lettres, c’est pour ça. Je considère que je pratique un wild style plus classique et technique avec plus de formes et de créativité dans les lettres que dans l’aspect visuel. (…)
Une de mes influences au départ, comme je disais, c’était Os Gemeos, même si évidemment, on a des styles très différents. Le premier graffiti que j’ai vu, en lettres, c’était d’eux, dans un style plus sauvage que ce qu’ils font maintenant. Et alors, à partir de là, j’ai créé mon style de lettres. Plus tard j’ai découvert beaucoup d’artistes qui faisaient des trucs dans le même genre que moi, dans d’autres pays, comme “bates”, “can2″, “cope2″ ,etc. Et sans doute, je les ai aussi pris comme source d’inspiration.
Avec quoi peins-tu ?
Ma manière de peindre change selon le matériel, je me sers de bombe et souvent de peinture à l‘huile, ça n’a pas grande importance, mais l’idéal, toujours, c’est de tout faire à la bombe.
Ou as-tu peint jusqu’à maintenant ?
J’ai peint dans pas mal d’endroits de Santiago, dans presque toutes les communes, en connaissant ainsi la grande majorité des graffeurs de Santiago. J’ai aussi voyagé pour peindre dans d’autres régions du Chili (…). Dans d’autres pays, je n’ai pas eu l’opportunité de le faire, surtout pour des questions d’argent, mais je maintiens le contact avec des graffeurs étrangers qui m’ont invités nombreuses fois chez eux. Des gens du Pérou, de l’Argentine, du Brésil, du Mexique, des US, de France, d’Allemagne, d’Espagne. J’aimerais un jour pouvoir leur rendre visite.
Pourquoi graffes-tu ? Par besoin de t’exprimer ? A qui tes graffitis s’adressent-ils ?
Ce que représente pour moi le graffiti est unique, c’est de me déconnecter, c’est comme me parler à moi même, c’est dans mon monde. Quelque chose à un niveau très personnel et une satisfaction de moi même. Je ne le considère pas comme un besoin de m’exprimer parce que je sens qu’à travers ça je n’ai rien besoin de dire à personne, je le fait juste pour moi et les gens qui peuvent le comprendre. Puis ceux qui ne peuvent pas, ben…
Est-ce une forme d’engagement, politique ou artistique ?
Oui c’est un engagement, pour moi, mais à un niveau personnel, rien à voir avec la politique. Il n’y a pas de message politique dans mes graffitis, ni non plus une lutte contre quelque chose. Je n’aime pas beaucoup ce qui peut être considéré comme du graffiti social ou les trucs dans le genre.
Le mien est plus un graffiti underground, un graffiti réel.
On peint dans n’importe quel endroit et à n’importe quelle heure et l’essence du graffiti est comme ça (…) et peu m’importe que je le fasse légalement ou illégalement, je sais juste que je le ferais. Les règles de la société ne s’accordent pas avec mon graffiti.
Que penses-tu de la reconnaissance actuelle du graffiti ?
Je crois qu’au moins au Chili, la reconnaissance et le statut de l’art de rue ou du graffiti, nous la faisons nous même entre graffeurs. On n’attend pas une reconnaissance de tous les gens. Entre graffeurs on valorise ton endroit et ton graffiti et personnellement c’est ça qui nous importe. J’ai la reconnaissance de la majorité des graffeurs nationaux et c’est le plus important, c’est le principal dans le graffiti d’avoir de bon compagnons.
Le graffiti est-ce une forme d’art, pour toi ?
Oui, pour moi, c’est un courant artistique unique, comparable avec rien d’autre, c’est du graffiti, voila l’idée.
Quand le graffiti quitte la rue pour les galeries, perd-il de son essence ?
Selon moi, le graffiti n’abandonnera jamais la rue. Beaucoup de graffeurs essayent de l’amener dans les galeries pour permettre à la société de comprendre un peu plus ce que c’est. C’est très respectable de le faire et souvent c’est bien fait, mais il y a aussi beaucoup de gens qui essayent de faire un truc artistique puis qui l’emmènent dans une galerie d’art et le nomment graffiti sans passer par la rue avant…Pour moi, ça ce n’est pas du graffiti, il faut savoir faire la différence.
Quelque chose à ajouter ?
Je vous remercie d’essayer d’ouvrir les fenêtres des frontières, d’échanger des manières de penser et de vivre le graffiti. La manière dont chaque graffeurs dans le monde vit le graffiti est respectable. Le graffiti se base dans l’identité de chacun, dans la réalité de sa vie.
Sans rien d’autre à ajouter que de vous souhaiter bonne chance dans votre difficile tache de comprendre ce monde complexe, je me retire et à la prochaine !
Lucie.





Par Yoann
Le 24/07/2010
AHAHA !! Grosse dedicasse à Shiko ! Un mec en Or !! Je l'ai aussi rencontré par hasard et bcp peint avec lui pdt mon année au Chili! Beaucoup de respect pour lui! NNA HERMANO !